À Ouré-Cassoni, la réduction de l’aide pèse sur le quotidien des réfugiés

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Tchad
Les enfants remplissent des jerricans avec l'eau du lac situé près du camp de réfugiés. Pour tenter d'obtenir de l'eau potable, ils creusent des trous dans le sol, car l'approvisionnement en eau du camp ne suffit pas à couvrir leurs besoins. Les rives du lac sont souillées par des excréments d'animaux et l'eau puisée dans ces trous est elle aussi contaminée.
Tchad
Sadia Youssouf Abdullah, promotrice de santé chez MSF, et son mari Yassin Al-Tom Idriss, chez eux dans la zone A du camp de réfugiés. Sadia est arrivée ici en 2024, tandis que Yassin y vit depuis 2003. Il travaille aujourd’hui pour le CICR, où il anime des programmes destinés aux jeunes dans le camp. Le couple s’est rencontré dans le cadre de leur engagement communautaire commun et s’est marié il y a six mois.

Dans l’est du Tchad, à proximité de la frontière avec le Soudan, plus de 117 000 réfugiés vivent dans le camp d’Ouré-Cassoni. Alors que de nouvelles familles continuent d’arriver après avoir fui la guerre, les besoins augmentent tandis que les financements humanitaires diminuent. Nourriture, eau, abris, soins de santé : dans ce camp isolé, les conséquences de la réduction de l’aide se font directement sentir dans la vie quotidienne des personnes qui y vivent. Pour Médecins Sans Frontières (MSF), Ouré-Cassoni doit figurer parmi les priorités de la réponse humanitaire au Tchad. 

Sadia connaît Ouré-Cassoni de l’intérieur

Sadia est arrivée à Ouré-Cassoni avec sa famille après avoir fui les violences au Soudan. Aujourd’hui, elle travaille dans le camp comme promotrice de santé avec MSF.

« Je suis arrivée ici comme réfugiée et aujourd’hui je travaille auprès d’autres réfugiés. Je sais ce que signifie se demander ce que demain nous réserve », explique-t-elle.

Ouré-Cassoni se trouve dans une région reculée de l’Ennedi-Est, dans le nord-est du Tchad. Son isolement rend plus difficiles l’accès aux services et l’acheminement de l’aide. Depuis le début de la guerre au Soudan, en avril 2023, le camp a connu plusieurs vagues d’arrivées.

Plus de 60 000 personnes sont arrivées en mai 2025 après la chute du camp de Zamzam, au Darfour du Nord. À la suite de la prise d’El-Fasher, plus de 21 000 nouveaux arrivants ont été enregistrés entre octobre 2025 et août 2026. Les équipes de MSF continuent d’observer des arrivées quotidiennes en provenance du Soudan.

Le camp grandit donc, mais les ressources consacrées à la réponse humanitaire ne suivent pas la même trajectoire.

Quand l’aide alimentaire se réduit

Pour les familles d’Ouré-Cassoni, l’insuffisance de nourriture est une réalité très concrète : cela signifie ne pas avoir suffisamment à mettre sur la table pour leurs enfants. Salwa, une mère réfugiée vivant dans le camp, explique : « Il y a des moments où nous ne savons pas ce que nous allons donner à manger à nos enfants le lendemain. Lorsque les distributions diminuent, nous devons nous débrouiller avec très peu. »

Les équipes de MSF constatent également une augmentation de la malnutrition parmi les enfants dépistés. Entre 2025 et 2026, la malnutrition aiguë sévère est passée de 2,2 % à 3,4 %, tandis que la malnutrition aiguë modérée est passée de 10 % à 13 %.

Derrière ces pourcentages, ce sont des enfants qui arrivent dans les structures de santé avec besoin d’un traitement nutritionnel et des parents qui cherchent chaque jour comment nourrir leur famille. La réduction de l’aide alimentaire ajoute une pression supplémentaire. Cette situation contraint les familles à faire des choix difficiles. « Avant, nous pouvions au moins compter sur les distributions pour nous aider à nourrir les enfants. Maintenant, nous devons faire davantage avec ce que nous avons. Quand la nourriture ne suffit pas, c’est toute la famille qui en souffre », explique Salwa.

Deux litres d’eau par jour

L’eau constitue une autre préoccupation urgente.

À Ouré-Cassoni, seulement environ deux litres d’eau sont disponibles par personne et par jour, soit bien moins que les 15 à 20 litres généralement recommandés dans les situations d’urgence.

Faire parvenir cette eau jusqu’aux familles nécessite une chaîne complexe : la pomper depuis le lac, la traiter, contrôler sa qualité, la transporter et la distribuer dans les différentes zones du camp. Pour MSF, cela montre concrètement ce que les financements permettent – ou ne permettent plus – de faire sur le terrain, puisque la réduction des financements se traduit par une diminution de la quantité d’eau potable fournie aux personnes vivant dans le camp.

En juillet, plus de 14 % des consultations réalisées par MSF dans le camp concernaient des cas de diarrhée non sanglante. Bien que le manque d’eau potable ne soit pas l’unique cause, il constitue certainement l’un des facteurs à l’origine de ces cas.

« Quand on parle de financement humanitaire, il faut aussi penser à des besoins très concrets : maintenir les pompes en fonctionnement, traiter l’eau et s’assurer qu’elle parvienne aux familles en quantité suffisante et de manière régulière. Pour les personnes vivant à Ouré-Cassoni, l’accès à une eau potable en quantité suffisante n’est pas un luxe : c’est une nécessité fondamentale pour leur santé et leur dignité », explique Joshua Ayuba Mpato, coordinateur du projet de MSF à Ouré-Cassoni.

Un toit précaire, un accès difficile aux soins

Après la nourriture et l’eau, l’abri constitue l’un des principaux besoins identifiés par les communautés. Des milliers de familles doivent improviser des logements avec les matériaux qu’elles peuvent trouver, souvent dans des conditions qui offrent une protection limitée.

Ces conditions de vie ont également des conséquences sur la santé. Les infections respiratoires, notamment celles associées aux conditions précaires de logement, représentent plus de 30 % des consultations de MSF dans les différentes zones du camp et parmi tous les groupes d’âge.

Ouré-Cassoni ne dispose toutefois que d’un seul centre de santé et les soins secondaires ne sont pas directement accessibles dans le camp. Les cas nécessitant des soins spécialisés doivent être référés vers d’autres structures, où seuls les cas critiques bénéficient d’un soutien financier.

Les conditions de vie difficiles et le manque d’assistance se traduisent également par une augmentation des risques pour les femmes et les filles, qui sont contraintes de quitter le camp pour aller chercher de l’eau et du bois de chauffage.

Entre janvier et juillet 2026, les équipes de MSF ont pris en charge 91 survivantes et survivants de violences sexuelles à Ouré-Cassoni. Bien qu’il ne soit pas possible de déterminer combien de ces épisodes ont eu lieu au Tchad, après la fuite des survivantes du Soudan, les déplacements à l’extérieur du camp exposent les femmes à un risque accru de violences.

Un camp immense, une réponse qui se contracte

C’est dans ce contexte que se pose la question de la place d’Ouré-Cassoni dans la réponse humanitaire.

Ouré-Cassoni figure dans le Plan 2026 de réponse et de besoins humanitaires (HNRP) pour le Tchad, mais ne fait pas partie des zones prioritaires définies dans ce plan.

« Ouré-Cassoni doit être une priorité pour les bailleurs. Nous parlons de plus de 117 000 personnes, avec des besoins considérables et de nouvelles arrivées chaque jour. La situation que nous voyons ici n’est pas soutenable. Les besoins augmentent, mais les ressources ne suivent pas. Sans une augmentation urgente de l’aide, l’écart entre les besoins des personnes et la réponse humanitaire ne fera que continuer à se creuser », explique Joshua Ayuba Mpato.

À Ouré-Cassoni, les conséquences de la réduction de l’aide ne sont donc pas abstraites. Elles se ressentent dans les repas que les familles peuvent fournir, dans la quantité d’eau disponible, dans les abris précaires et dans l’accès aux soins de santé.

Pour MSF, l’ampleur et l’urgence des besoins à Ouré-Cassoni justifient pleinement que le camp soit considéré comme une priorité dans la réponse humanitaire au Tchad.