La mortalité maternelle n’est pas le fruit du hasard, mais une question d’accès aux soins
Avant l’arrivée de MSF dans le département du Couffo, le nombre de femmes enceintes ou en âge deprocréer qui consultaient régulièrement dans un centre de santé était faible. Il en résultait que laplupart des grossesses n’étaient pas suivies médicalement, avec des accouchements qui avaient lieuen majorité à domicile. Il existait également une demande assez importante pour utiliser des moyensde contraception cependant environ la moitié des femmes en âge de procréer n’y avait pas accès. Dansce contexte, le taux de mortalité materno-infantile demeurait élevé 1alors que certains décès auraientpu être évités grâce à un suivi médical plus régulier.
Depuis 2022, les équipes de MSF et leurs partenaires du ministère de la Santé interviennent à tous lesniveaux de la pyramide sanitaire afin d’obtenir des changements durables et pérennes dans larecherche des soins. Les activités de sensibilisation et de promotion de la santé menées dans lesvillages majoritairement par des femmes issues de la communauté et formées par MSF ont permisd’améliorer la fréquentation des structures de soins et de restaurer un lien entre le système de santéet la population.
Léonie est mère de cinq enfants. Elle est l’une des femmes de son village qui ont été sensibilisées surles bons comportements à adopter quand on est enceinte pour être en bonne santé. Pendant sadernière grossesse, Léonie souffrait d’œdèmes aux pieds qui l’empêchaient de dormir. Les tisanesqu’on lui prodiguait n’avaient aucun effet. Informée sur l’importance d’un suivi médical pendant unegrossesse, Léonie s’est rendue au centre de santé où elle a pu être prise en charge par du personnel àson écoute. Sa dernière grossesse a été particulièrement difficile et sans cet accompagnement etl’accouchement médicalisé, Léonie aurait pu mourir. Aujourd’hui, son fils de 7 mois, Précieux Magloire,va bien et lui aussi a pu bénéficier de soins adaptés au centre de santé.
Hippolite supervise les activités de promotion de la santé menées dans les villages de la zone sanitairedit KTL (Klouékanmè, Toviklin et Lalo) du nom des 3 communes. Son travail consiste entre autres àformer et à accompagner les femmes leaders qui sont des porte-paroles actives auprès des autrespersonnes de leur village. Le travail de ces femmes est essentiel pour informer la population et pourles accompagner dans la prise de décision pour une meilleure santé reproductive. « Si les femmes nesavent pas pourquoi elles doivent se rendre au centre de santé, elles n’iront pas. Les collèguesmédicaux peuvent sauver des vies mais nous aussi, nous combattons l’ignorance qui peut amenercertaines personnes à en mourir » précise Hippolite. Pour obtenir des changements durables au seinde la population, une attention toute particulière est portée sur l’information autour des différentesméthodes de planification familiale, pour permettre aux couples de choisir si et quand ils auront leurprochain enfant. « La contraception est longtemps restée un sujet tabou dans la société béninoise.Certaines personnes pensaient qu’une femme qui contrôlait ses grossesses deviendrait stérile.J’observe que petit à petit les mentalités évoluent quand un couple comprend qu’une femme sera en bonne santé si elle évite une grossesse trop rapprochée » poursuit-il. Informées et conseillées par lesfemmes leaders, les femmes savent désormais qu’elles peuvent se rendre dans un centre de santé oùelles seront accueillies par du personnel de santé qualifié et formé.
Lucienne est l’une des 465 leaders formés par MSF. Depuis qu’elle s’est engagée, elle voit les résultatsobtenus au sein de la population notamment chez les hommes. Dans son village, un système deréférence par tricycle a été mis en place vers le centre de santé le plus proche. Ce sont essentiellementles hommes qui gèrent ce dispositif pour les femmes. « Avant que je commence à m’investir pour lesautres femmes de mon village, moi aussi je pensais que la contraception rendait malade et stérile. Jecomprenais bien les réticences des époux et de leurs femmes. Aujourd’hui, je me rends compte quequand la contraception est acceptée dans un foyer, cela évite de nombreux problèmes entre les époux.Je craignais également que les femmes qui présentaient des complications pendant leur grossessemeurent. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé positivement » précise Lucienne. Même si leséquipes de MSF ont amené les connaissances théoriques et ont aidé ces personnes à se former, lesfemmes leaders jouent un rôle-clé dans la diminution de la mortalité maternelle car elles connaissentles problématiques et les réalités qui minent la population et savent comment parler aux gens.
Felix, 35 ans, est père de six enfants dont l’aîné a 15 ans. Avec sa femme, ils ont perdu deux enfants enbas âge. Sensibilisé aux différentes méthodes de contraception, il pensait avant que la méthode ducoït interrompu était suffisante pour éviter les grossesses. Désormais, il a compris l’importanced’espacer les naissances pour le bien-être de toute sa famille, et que les méthodes contraceptives sontun moyen sûr pour y parvenir. « Denise a accouché il y a 5 mois d’une petite fille que nous avons appeléNaomie. Maintenant, nous allons nous occuper correctement des enfants que nous avons déjà et nousn’aurons pas d’autres enfants. A mon tour, je fais passer le message à mes enfants pour qu’ils, à leurtour, puissent décider en toute connaissance du moment où ils souhaiteront avoir des enfants »conclut Felix, une des 160.000 personnes sensibilisées par les équipes de MSF depuis l’ouverture duprojet.
Les équipes de MSF sont présentes dans le département du Couffo depuis 2022. Outre les activités enlien avec la promotion de la santé, 6 centres de santé ont reçu le soutien de MSF en termes derecrutement et de formation du personnel de santé, de réhabilitation ou de fournitures enmédicaments et équipements médicaux. Les consultations pré et post-natales, les accouchementssécurisés, l’accompagnement pour la planification familiale ou pour des soins suite à des violencessexuelles ou pour un avortement sécurisé, sont pris en charge par MSF dans les centres de santéappuyés. Les équipes interviennent également au sein de l’hôpital de zone, qui reçoit les cas les pluscompliqués de toute la zone et où le taux de mortalité maternelle était particulièrement élevé. En fin2024, MSF a appuyé la mise en place d’un service de transfusion sanguine autonome à Aplahoué dansle département du Couffo pour assurer la disponibilité de sang pour toute personne dans le besoin.
En 2023 et 2024, ont été réalisées, dans le cadre de ce programme : 22.211 consultations prénatales (soit une augmentation de près de 60% depuis le début des activités) 3253 consultations pour avoir accès à des méthodes de planification familiale9 920 accouchements dont 4153 à l’hôpital, 3659 dans l’un des centres de santé soutenu par MSFcentre de santé et 2108 pour des césarienne.